La demande étrangère de biens immobiliers en Espagne a atteint un record historique au troisième trimestre, selon les derniers chiffres des registres fonciers.
Les actes de 26 728 ventes immobilières impliquant un acheteur étranger ont été inscrits au registre foncier au troisième trimestre, soit 61 % de plus qu’à la même période l’an dernier. Par rapport au troisième trimestre 2019, avant le Covid, les ventes progressent de 73 %.

La demande étrangère de biens en Espagne explose depuis fin 2020. On ne peut plus l’attribuer à une demande refoulée de 2020, bridée par la pandémie : la hausse des ventes est bien trop forte pour cette explication.
La croissance de la demande étrangère au troisième trimestre a été bien plus forte que celle de la demande locale, qui n’a progressé que de 2 % sur la période. En conséquence, la part de marché des acheteurs étrangers a atteint 15,9 % au troisième trimestre, son plus haut niveau historique, comme l’illustre le graphique suivant.

Par nationalité, les Britanniques forment le premier groupe, avec 2 486 acquisitions (9 %) du marché étranger, suivis des Allemands avec 2 149 (8 %) et, assez loin derrière, des Français avec 1 660 (6 %). Le groupe composite de toutes les autres nationalités, que les registres regroupent sous l’appellation « reste », représente 37 % du marché avec 9 884 acquisitions.
En termes de croissance par nationalité, les plus fortes hausses viennent de Pologne (+179 %) et d’Ukraine (+133 %), suivies de près par la Bulgarie (+63 %). On imagine aisément que la proximité de la Russie soit soudain devenue une puissante incitation à acheter un refuge aussi loin que possible de la Russie en Europe. Même le marché britannique a progressé de 51 %, malgré ou à cause du Brexit. Le seul marché significatif en recul est le Maroc, qui relève d’un autre segment de marché (migrants économiques vers les pays européens, et non acheteurs de résidences secondaires ou en quête de qualité de vie).
Il faut noter que les ventes inscrites au registre foncier ont un mois ou plus de décalage avec le marché ; ces chiffres concernent donc principalement des ventes conclues au deuxième trimestre. Quels facteurs ont pu alimenter la hausse des ventes que reflètent ces chiffres ?
La hausse du coût des crédits immobiliers est un facteur qui a pu inciter certains acheteurs à prendre les devants et à acheter avec un prêt avant que les taux ne montent davantage. Si tel est le cas, cet effet s’estompera rapidement.
D’autres facteurs possibles sont la guerre en Ukraine, qui fait apparaître l’Espagne comme une valeur refuge (loin de la Russie, protégée par les Pyrénées, avec un gazoduc vers l’Afrique du Nord), les changements de mode de vie liés au Covid en faveur des climats propices à la vie en plein air, et la crise du coût de la vie, qui rend plus attractifs les pays relativement bon marché comme l’Espagne.
Source : Mark Stücklin, novembre 2022



